C'est en pleine bourre à près de 2h00 du mat, pressé et en retard dans
moult livraisons que je développe un vice particulier : perdre du temps, et explorer le monde avec une oisiveté dont je suis incapable quand je n'aurais pourtant réellement rien de mieux à faire.
C'est dans cet état d'esprit contradictoire que je tombe de fait sur un billet de Monsieur Vinvin,
un de ces sympathiques petits génies de l'entrepreunariat du web, doublé d'un homme de lettres incontestablement brillant (et quel bonheur de passer des blogs bâclés en mode quasi texto à cet univers de finesse où l'on prend soin de chalouper ses phrases avec un minimum rythme, où parfois le plaisir d'écrire est plus perceptible que la volonté d'avoir raison et c'est ce qui fait toute la beauté de la chose - alors voilà pourquoi je le lis le sourire aux lèvres ce gars-là - parce que j'aime les gens qui se délectent d'aimer la langue française), et dont il faut, c'est presque un devoir, aller de temps à autre visiter sur leurs sites ce qu'ils mijotent - histoire de se motiver à leur lecture par une poussée incontrôlable de stress ("oh putain comme ça va vite et comme ces mecs ont tout compris avant moi!"), puis d'humilité ("où trouvent-ils cette capacité de travail, ils sont partout... je ne pourrai jamais être aussi assidu qu'eux..."), puis de relatif désespoir ("ils ont conquis le Far West à notre place : que nous restent-il?"). En somme, un mélange de sentiments abyssaux auxquels on est confronté quand on a le malheur d'avoir l'esprit un peu ouvert (car ce n'est pas innocent, ça coûte cher de lire des gens plus intelligents que soi : c'est une baffe permanente dans ta gueule).
Et cette fois, son billet de ce soir a quelque chose de rassurant : le bordel sans nom sur son écran de PC.
Je m'y retrouve. C'est tout l'intérêt du blogging : le temps d'un frêle coup d'oeil intrusif dans ce que l'autre accepte d'entrebailler comme voile sur sa vie, et nous voilà temporairement frères de galère, de cause, ou de futiles considérations (c'est un peu comme le poète : le blog reflète les girouettes que nous sommes) : cela ne dure que quelques fractions de secondes et c'est purement subjectif (pour ne pas dire le plus souvent inutile), mais c'est une bouffée d'oxygène ontologique. Ben ouais, je bloggue donc je suis... les autres.
En résumé, le bureau de Vinvin : anxiogène et paradoxement stimulant - source d'une sorte d'adrénaline intellectuelle que l'on pressent dans son monde hyperactif : à chaque fois que cet acharné de la création et de la parlotte libertaire et bien posée regarde son organisation du moment, il a petit coup de flippe, mais ça le fait avancer. Et il transforme ça en expérience - CQFD, retour à la stimulation intellectuelle, il cherche et trouve un bouquin pour intellectualiser le problème - ce gars me plaît bien, décidément.
Parenthèse : Les plus grands de ce monde vivaient dans un bordel organisé : les livres construisaient des tours de Pise improvisées sur les coins de bureau, les objets équivoques dessinent monts et vaux dans le paysage accidenté d'un cabinet où l'on devine la création fiévreuse, tout ce qui est accroché aux murs sustentent le seul visionnaire capable de le comprendre, et même les fringues et autres plateaux repas tracent des boulevards, des ronds points et des impasses tout autour de leurs pieds. Vinvin doit avoir, tout autant que Loïc Lemeur son pote, un bureau d'ordinateur fort instructif : ils devraient nous les montrer plus souvent, ce n'est pas du voyeurisme. C'est de la révélation : mais comment font-ils ? - Ben, ils ne "font" pas, ils défont, ce sont des acrobates, des virtuoses du traitement de l'information. Alors toi Fred, quand dans ta maniaco-dépression d'entrepreneur ultra-organisé tu t'inhibe de peur de mal faire, et que tu ne laisses aucune place au bordel, tu annihiles au passage la source de créativité forcément désorganisée que seul ton bordel peut véhiculer si tu l'acceptes.
Donc ceci est ma micro contribution, pour s'organiser sans perdre l'étincelle de l'instant, pour se ressourcer sans trop s'éloigner, pour se dépasser sans trop s'épuiser à se surpasser, histoire de tenir la distance : ce n'est, c'est sûr, qu'un tout petit conseil, mais un conseil qui me semble plus en accord avec le QI de Vinvin que le livre qu'il cite, un conseil d'une valeur inestimable si je puis dire : et ce conseil ne porte que sur un autre livre.
Et je serais fort honoré que Vinvin qui est un homme de lettres me fasse l'insigne distinction, si je puis prétendre à 30 secondes de son attention cybernétique, d'accorder le bénéfice du doute au graphomane noctambule que je suis en le suivant : il n'y a jamais eu plus stimulant quant à l'organisation et au maintien de sa force de frappe intellectuelle que ce livre de Jean Guitton : LE TRAVAIL INTELLECTUEL.
Cet ouvrage fait des miracles, il apaise et renforce, guide et libère.
Je serais, enfin, super top yahoo enthousiaste si par dessus le marché Vinvin pouvait non seulement suivre ce conseil d'un sincère admirateur, mais dans la foulée penser à m'envoyer un message dans quelques temps pour me dire si j'ai eu raison ou tort d'insister aussi lourdement. Car Jean Guitton is a superstar !
à peine lu quelques pages du livre de Jean Guitton...
magnifique
merci
Rédigé par: Jean-Jacques | 20 septembre 2008 à 14h17